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Alain Marsaud en déplacement à Moscou, répond aux questions de la voix de la Russie

27/06/2014 - 09h25 par Alain Marsaud
Alain Marsaud en déplacement à Moscou, répond aux questions de la voix de la Russie

Réécouter l’intervention d’Alain Marsaud

Je vais vous parler d’une famille bien connue. Non, il ne s’agit pas de celle de Leonarda dont on a presque fait un vaudeville. Il s’agit de la famille Merah dont certains membres, les allocations familiales de l’Etat français, les allocations aux parents isolés et l’aide personnalisée au logement en poche, sont allés faire le djihad en Syrie. La France est un pays merveilleux, n’est-ce pas ?

Je viens de reprendre l’essentiel du discours qui a été prononcé par M. Alain Marsaud, député UMP, le 27 mai 2014 à l’Assemblée nationale. En effet, Mme Souad Merah, la sœur du tristement célèbre Mohamed, dont on estime – ou dont on préfère estimer – qu’elle est partie faire bronzette en Tunisie n’est toujours pas revenue en France. « Elle en avait marre de [ce pays]», a confié sa maman à Jean-Jacques Bourdin. Il y a tout lieu de croire que Mme Merah qui disait être fière de son défunt frère avait docilement suivi son mari dans ce pays martyr qu’est la Syrie pour soutenir les EIIL et les Al-Nosra. Mais enfin, il est tellement « socialiste » de garder la tête dans le sable comme l’a si bien démontré M. Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, en réagissant aux propos de M. Marsaud par une tirade dérisoire se résumant à une somme de lapalissades.

Le danger islamiste et de son supplétif armé, le djihadisme, serait-il sous-estimé en France ? Ou s’agit-il d’un énième instrument diplomatique dont il convient de minimiser les dérapages occasionnels ? Cette dernière question est d’une gravité extrême. Pourtant, si la réponse est oui, elle pourrait expliquer les incohérences de la diplomatie non seulement française mais européenne d’une façon générale qui encourage la lutte anti-djihadiste au Mali ou cette fois-ci, semble-t-il, en Irak, tout en encourageant les djihadistes (certes indirectement car il ne s’agit pas d’exciter l’opinion publique) en Syrie.

Alain Marsaud que j’ai mentionné tout à l’heure est plus que député. Il a été, dans les années 80, chef du Service central de lutte antiterroriste au Parquet de Paris. C’est donc en ancien magistrat qu’il se prononce sur le dessous des cartes d’un phénomène sans précédent de par son ampleur qui est celui du djihadisme européen.

La Voix de la Russie. La France a encouragé certains djihadistes français à partir en Syrie, avez-vous dit dans un certain nombre d’interventions. Cette thèse est réellement très forte, elle a été plus d’une fois contestée par vos interlocuteurs …

Alain Marsaud. Non, pas vraiment ! Je les ai au contraire trouvés très silencieux à ce sujet. J’aurais bien aimé qu’on me dise « non » ce qui ne fut jamais le cas.

LVdlR. Ce qui, à plus forte raison, fait couler de l’eau sur votre moulin. Qui plus est, le traitement hyper-laxiste qui est réservé, par exemple, au cas de la famille Merah renforce votre hypothèse. Soucieux d’avoir des preuves objectives, vous avez demandé en avril de l’année en cours la constitution d’une commission d’enquête parlementaire afin de vérifier dans quelles circonstances est-ce que les djihadistes français ont été infiltrés en Syrie. Est-ce que vous en avez eu des nouvelles depuis ?

Alain Marsaud. Non, ça n’a pas prospéré. Pour le moment, nous en sommes restés à ce statu quo. Mais je tiens à dire que les choses se sont beaucoup aggravées depuis lors puisque maintenant nous avons non seulement à gérer l’affaire syrienne mais aussi l’affaire irakienne en se rendant compte que finalement, en Irak, avec le groupe djihadiste qui s’est constitué aux portes de la Syrie, on va se retrouver submergés par une nouvelle vague d’extrémistes enrôlés par les groupes en question. Leur aptitude à galvaniser certaines couches de la population n’est plus à démontrer. Le phénomène prend donc une ampleur inqualifiable si bien qu’il devrait pousser notre diplomatie à se demander si le moment n’est pas venu de réviser notre politique syrienne et de nous poser quelques questions cruciales sur la politique à mener vis-à-vis de Bagdad. On relève que M. Obama envisage éventuellement de bombarder les nébuleuses djihadistes qui sont tout de même les cousins de ceux qu’on soutient à Damas. Nous assistons par conséquent à deux politiques totalement divergentes appliquées à un seul et même problème.

LVdlR. Imaginons que la majeure partie de ces coupeurs de tête reviennent en France. Seront-ils jugés ?

Alain Marsaud. C’était l’interrogation que j’ai eue au mois de novembre 2013 lorsque j’avais signifié à la garde des Sceaux que notre outil législatif à la création duquel j’avais très largement contribué n’était pas adapté à l’éventuel retour desdits djihadistes. La raison en est très simple : une fois devant le tribunal, ils ne manqueront pas d’évoquer le fait qu’ils sont allés en Syrie pour soutenir la voie de la diplomatie française, c’est-à-dire combattre Assad. Je suppose donc que lorsqu’on revient en France et que l’on prétend être parti combattre Assad, on n’a qu’à faire comparaitre tel ou tel ministre des Affaires étrangères français qui reconnaitra que oui, en définitive, il est vrai que nous combattons le Président syrien. Par conséquent, ces individus qui reviennent en France sont les alliés objectifs de notre combat. Il en résulte qu’on ne peut pas les considérer comme étant membres d’une association de malfaiteurs-terroristes. C’est la raison pour laquelle je vais proposer dans le courant du mois de juillet, quand le texte sur le terrorisme va venir en débat, que l’on crée un délit spécifique qui est l’interdiction d’aller combattre à l’étranger sans l’autorisation de l’autorité française. Je pense que le dossier irakien est de nature à accélérer le processus législatif projeté qui devrait nous aider à faire face au retour massif et imminent de ces gens ».

LVdlR. Alors donc que la menace islamiste gagne progressivement l’Europe, on s’aperçoit que le nazisme (bandérisme en l’occurrence) renaît au seuil de l’UE. Comment expliquez-vous la forte implication diplomatique de la France dans une épopée en somme très dangereuse puisque la guerre civile ukrainienne a lieu dans une zone qui relie la vieille Europe à l’Eurasie ?

Alain Marsaud. C’est en effet hautement inquiétant la guerre sévissant à nos portes. Cela tient non seulement à la position française qui est, bien entendu, critiquable, mais surtout à la position européenne dans son ensemble. L’Europe a fait des promesses tout à fait inconsidérées aux Ukrainiens en leur certifiant qu’ils allaient rejoindre l’UE, puis l’OTAN. Hélas, les Ukrainiens nous ont crus alors que nous n’en avions absolument pas les moyens. Ce facteur a donné lieu aux émeutes du Maïdan avec près de 95 morts. Et qu’est-ce que cela coûte à l’Ukraine aujourd’hui ? Et bien, ça lui a déjà coûté la Crimée. Je crois donc que l’Europe a été dans cette affaire irresponsable. Je ne sais qui doit en assumer à présent les conséquences. Il faut bien se dire que la solution est politique. En Europe, notamment en France, je pense qu’il y a des gens qui ont compris que nous avions commis une erreur stratégique, sans doute parce que nous faisons du suivisme à l’égard de la politique américaine. Cette dernière nous a claqué la porte au nez puisque maintenant les Américains se désintéressent totalement de la problématique ukrainienne en nous en ayant laissé l’héritage. La France va devoir donc prendre ses responsabilités. Je fais partie de ceux qui disent que la Russie appartient à l’Europe et qu’il aurait fallu plutôt attirer la Russie vers l’Europe que de tenter de construire un mur entre la Russie et l’Ukraine en faisant à cette dernière les promesses que nous lui avons faites.Là encore, il est grand temps que notre diplomatie change de direction. Peut-être y-a-t-il urgence compte tenu des évènements qui se produisent actuellement ».

Commentaire de l’auteur. La prise de position de M. Marsaud, bien qu’elle blesse la fine oreille des socialistes, a tout ce qu’il y a de plus sensé. On condamne bien les inspirateurs idéologiques de l’extrémisme islamiste en interdisant d’entrée sur le territoire français certains prédicateurs radicaux d’Al-Jazeera. Comment se fait-il alors qu’il ne vienne pas à l’idée du gouvernement socialiste de remettre en question l’immense part d’inspiration politique qu’il donne à ces paumés ? Nous sommes en effet dans une logique de complicité en faisant cause commune avec des assassins. Au demeurant, les complices sont jugés au même titre que les tueurs sans que cela ne choque qui que ce soit.

Par ailleurs, il est toujours facile de raisonner doctement quand il s’agit d’un fléau qui nous est étranger. Imaginons une poignée de Merah sur notre sol. La grandiloquence de M. Cazeneuve, résistera-t-elle à cette réalité ? J’en doute fort. Simplement, tout comme nous le voyons dans le cas de l’Ukraine, les erreurs stratégiques se soldent toujours par des morts ainsi que par des destins à tout jamais brisés. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que la France – je n’ose dire l’UE – en prenne conscience ?

Voir l’interview sur le site internet de la voix de la Russie